
L’orage commence à gronder sur Gradignan quand je me réveille. La rocade est fluide (il est 4h !) comme certains aimeraient l’avoir tous les jours. Je retrouve Clémence à l’aéroport. Je croise un collègue qui va lui aussi faire le GR20 mais en entier et en courant !!!
Le vol se passe sans encombre, juste quelques turbulences au décollage.
A Bastia, le ciel est nuageux mais il fait déjà chaud, 26° à 8h. Nous cherchons un bon moment l’arrêt du bus qui va nous amener à Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio. On nous indique qu’il s’arrête au niveau du rond-point à l’entrée d’Europcar. Or il n’y a aucun arrêt de bus à cet endroit. Nous faisons le tour du parking et finalement un chauffeur de bus nous dit que notre bus s’arrête bien devant Europcar.
A 9h, un bus arrive et s’arrête en pleine chaussée juste avant le rond-point, c’est bien le nôtre.
Le trajet se passe bien. Clémence s’est endormie dès le premier km et je somnole. Nous apercevons régulièrement la mer mais elle n’est pas très belle sous ce ciel gris. Nous entendons parfois les cigales, avec les montagnes qui transpercent la brume, c’est un des rares indices que nous sommes en Corse sur cette route droite bordée d’immeubles et de boutiques.
Après Solenzara, la route devient plus agréable en virevoltant le long de la côte escarpée. Nous croisons quelques groupes de motards, avec un peu de tout comme modèle de moto. Nous voyons même passer un groupe de bikers en Harley avec les déguisements assortis.
Sur la route, il n’y a pas d’arrêt matérialisé, le bus s’arrête où il peut/veut. Après deux heures et demi de route pendant lesquelles j’ai somnolé, nous arrivons à Sainte-Lucie. Nous allons à l’Office de tourisme pour demander où est l’arrêt de la navette jusqu’à Conca. Une jeune femme à l’accent sud-américain nous indique qu’il s’arrête juste en face. Elle nous laisse gentiment utiliser les toilettes et nous permet de laisser nos sacs le temps d’aller chercher des sandwiches. Elle nous propose aussi de remplir nos gourdes et camel-bags à la fontaine d’eau fraîche. Une ASVP nous indique une boulangerie qui est à 800 mètres. C’est une grande boulangerie avec des sandwiches et des gâteaux de toutes sortes. Clémence craque pour un moelleux à la châtaigne et moi pour une part de tarte aux noix de pécan. Nous achetons aussi les sandwiches pour le soir car nous savons que nous arriverons trop tard au refuge pour dîner.
Nous revenons à l’Office de Tourisme. Je suis prêt 10 mn avant l’heure et me place là où nous a indiqué l’employée de l’OT. Heureusement car le mini-bus qui assure la navette arrive avec 5 mn d’avance et je fais signe au chauffeur de s’arrêter. Clémence arrive à toutes jambes, le gars râle car ce n’est pas l’arrêt qui est 20 mètres plus haut. Il nous embarque quand-même et nous nous marrons des différences entre chauffeurs. L’un s’arrêtait n’importe où sur la grande route et celui-ci est tatillon dans une rue à peine fréquentée !
Nous arrivons à Conca une demi-heure après et pique-niquons à l’ombre en attendant nos compagnons de rando.

Jeff, Christian et Thierry ont atterri à Figari et arrivent en taxi. Après avoir bu un coup et discuté avec quelques randonneurs qui finissent le GR, nous ajustons nos sacs et démarrons tranquillement vers 13h30. Un panneau nous avertit des dangers de ce GR20. Gulp !

La première partie monte rapidement sur un chemin encombré de rochers au milieu des chênes lièges et des arbustes, nous grimpons de plus de 250m sur 2 km de distance. Plus loin, le trajet passe par des rocailles assez pénibles à monter jusqu’à la Bocca d’Usciollu à 587m d’altitude.


Son franchissement est impressionnant car nous découvrons de l’autre côté un paysage de roches grises aux reflets ocres à la végétation rase.


Après 2 heures et demie de marche, nous apercevons des « bassines » alimentées par une petite cascade. L’eau n’est pas très froide et nous nous baignons avec plaisir.


Malheureusement, nous ne pouvons pas en profiter très longtemps car un long trajet nous attend jusqu’au refuge de I Palieri.
Nous continuons à monter et les paysages changent régulièrement. Nous apercevons différents types de roches, témoignant des mouvements tectoniques complexes et puissants qui ont arraché le bloc corso-sarde au continent. Le vent et la pluie ont ensuite sculpté ces reliefs pour nous offrir de beaux paysages.


Régulièrement, le chemin disparaît et la trace nous amène à travers des blocs de pierre, ajoutant de la difficulté au fort dénivelé. Je commence à comprendre pourquoi tout le monde considère le GR20 comme le GR le plus difficile de France !


Avec les heures, le poids du sac se fait de plus en plus sentir et je commence à recenser ce que j’ai amené en trop. En fait, pas grand chose car je vais utiliser presque tout ce que contient mon sac, mais je ne le sais pas encore.
Nous avançons péniblement dans les blocs. Jeff et Thierry sont partis en éclaireurs pour nous réserver les tentes. Heureusement vers la fin, nous progressons sur un chemin qui monte vers le refuge.


Mais la dernière montée est plutôt raide, alors quand Jeff venu aux nouvelles me propose de prendre mon sac pour parcourir le dernier km, je ravale ma fierté et accepte avec soulagement !
Nous arrivons au refuge vers 21h après plus de 7h de marche. Des tentes sont disséminées un peu partout. Ce sont des Quechua, celles qui s’ouvrent en 2 secondes. Ce sont des 3 places permettant d’être à l’aise à deux personnes. Nous n’apercevons de prime abord aucun bâtiment. Il y a une cabane qui contient un WC et une douche. Un peu plus loin un abri non fermé fait office de cuisine. Après avoir posé nos sacs dans les tentes, nous nous dirigeons vers le seul vrai bâtiment réservé au gardien. Nous dégustons nos sandwiches sur la terrasse attenante. Jeff et Thierry ont déjà fait connaissance avec les gardiens, deux lot-et-garonnais qui se prénomment tous les deux Benjamins.
Après avoir mangé, je vais prendre une douche. Elle est petite et le sol est en pente mais du mauvais côté ce qui fait que l’eau stagne autour du bac à douche. Ce n’est pas grave, je suis content de me doucher, même si, bien sûr, il n’y a pas d’eau chaude.
Je rejoins la terrasse après ma toilette et là, nos acolytes sont attablés devant une bouteille de liqueur de myrte. Je reste raisonnable en ne buvant que la moitié d’un petit verre. Je ne me suis pas privé ces dernières semaines pour craquer le premier soir ! Je vais rapidement me coucher mais ne sombre pas complètement dans le sommeil, sans doute la fatigue. Dans la nuit des bourrasques de vent me réveillent régulièrement et cette première nuit n’est pas très reposante.

Quel courage….